Éolien au col de la Bataille, les réels enjeux pour notre Patrimoine

Éolien au col de la Bataille, les réels enjeux pour notre Patrimoine

Quelles sont les impacts des éoliennes sur la biodiversité ?

  • Les impacts directs : mortalité par collision avec les pâles ou barotraumatisme (implosion des organes causée par la dépression à proximité des pâles).
  • Les impacts indirects : destructions et modifications des habitats et phénomènes de perturbations de comportements et de l’utilisation d’un territoire (effet barrière sur les voies de passages, effarouchement).
  • Par ailleurs, pour certaines espèces, il y a une attirance naturelle vers ces éoliennes qui augmente le risque de mortalité. Ces comportements sont notamment observés chez des chauves-souris et des rapaces.

La mortalité est-elle la même partout et tout le temps ?

  • On observe une saisonnalité de la mortalité : durant les pics de migration (printemps et automnes) mais également durant l’été sur les populations locales et sédentaires, lors de l’envol des jeunes inexpérimentés.
  • Des épisodes de mortalités accrues sont également constatés de manière ponctuelle, notamment liés aux conditions météorologiques (brouillard, vents forts) qui réduisent la visibilité et perturbent les possibilités d’évitement.
  • En parallèle, suivant le lieu d’implantation du parc éolien, la mortalité sera plus ou moins élevée. Il est très difficile d’évaluer la mortalité car de très nombreux critères entrent en jeu, mais les secteurs les plus sensibles sont :
    • les voies migratoires (littorales, grandes zones humides, vallées alluviales et cols) et les lieux de regroupement (dortoirs, haltes migratoires, colonies de reproduction)
    • les secteurs situés à proximité de boisement qui abritent une forte biodiversité
    • De part ces 2 éléments, le col de la Bataille s’inscrit dans ces sites très sensibles à protéger.

Quelles espèces sont les plus concernées ?

  • Les chauves-souris, principalement celles de haut vol, telles que les noctules, les pipistrelles et le minioptère de Schreiber (dont l’activité est très importante sur le site)
  • Les rapaces, (aigles royaux, vautours, faucons, milans, busards…) qui ont de grands territoires et sont contactés régulièrement au col de la Bataille
  • L’avifaune migratrice durant les périodes de transits. Le col de la Bataille est un couloir de migration et chaque année depuis plusieurs années des milliers d’oiseaux sont comptés durant la migration automnale.

Quels impacts sur les espèces et les populations de la Drôme ?

  • Le nombre de cadavres d’oiseaux et de chauves-souris retrouvés au pied d’éolienne est assez conséquent. En effet, il faut tenir compte du faible taux de découvertes lors des opérations de recherches (décomposition rapide, végétation plus ou moins abondante, aire de recherche très vaste, charognards…)
  • A l’échelle nationale et internationale, les espèces touchées sont déjà des espèces naturellement fragiles. Les chauves-souris et les grands rapaces ont un faible taux de reproduction, avec une mortalité élevée chez les jeunes et une maturité sexuelle tardive. Les populations reposent donc sur la survie des adultes. Chez les espèces migratrices, une plus forte fécondité compense une mortalité importante lors des transits printaniers et automnaux.
  • A l’échelle de la Drôme, les parcs éoliens se multiplient, Beausemblant, La Repara, Marsanne, Espeluche, Roussas, Hauterive d’autres sont en projet sur le Vercors (La Raye, Vassieux-en-Vercors, Gigors et Lozeron, Montclar-sur-Gervanne, La Roche-sur-Grane). Les enjeux ne sont pas aussi forts qu’au col de la Bataille, mais leur augmentation constitue une menace pour la faune si les projets futurs ne sont pas définis avec la plus grande réflexion possible.

Est-il possible de détecter des oiseaux et des chauves-souris en approche et d’arrêter les éoliennes durant le temps de passage ou de prendre des mesures de bridage durant les périodes sensibles ?

  • Des technologies (RaDAR, caméra thermique ou infrarouge) sont actuellement en phase d’études et de tests pour certaines. Leur efficacité reste relativement théorique à l’heure actuelle et même si elles semblent réduire la mortalité elles ne l’évitent pas totalement.
  • Dans le cas du col de la Bataille, le bridage n’est pas une solution car le nombre de passage est très important toute l’année et les enjeux sont considérables.

Que penser des mesures de réduction et de compensation misent en place suite à l’installation d’un parc éolien ?

  • La réglementation Eviter, Réduire, Compenser, oblige les développeurs à mettre en place des mesures pour limiter au maximum leurs impacts sur la biodiversité. Cependant, la mortalité d’espèces sensibles et la dégradation d’une voie migratoire majeure sont difficilement compensables.
  • Chaque parc est particulier car les facteurs à prendre compte sont très nombreux et certains sont mal connus. L’effet cumulé de plusieurs facteurs limite la possibilité de prévoir ou d’anticiper les impacts.

La biodiversité ordinaire subit de nombreuses et multiples pressions (destruction et fragmentation des milieux naturels, pollutions de l’eau, des sols et de l’air, changement climatique,…) qui mettent à mal de nombreuses espèces et augmente dangereusement le déclin des populations.

Pour lutter contre ce déclin, L’Union Européenne a adopté, depuis 2011, une stratégie pour enrayer l’érosion de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes, restaurer les milieux dégradés et contribuer à diminuer les pertes globales.

Il est évident que nous devons mettre en place rapidement des solutions pour substituer les énergies fossiles et nucléaire en favorisant la mise en place d’énergies renouvelables afin de lutter contre toutes sortes de pollutions. Dans cette optique, la LPO Drôme n’est pas opposé à l’éolien et accompagne actuellement 2 projets éolien sur les Sites de Montrigaud et Thivolet.

Cependant, ceci ne doit pas être fait au détriment de notre patrimoine naturel mais de manière réfléchie et respectueuse de la biodiversité. Nos connaissances naturalistes au col de la Bataille, accumulées depuis de nombreuses années, nous permettent d’évaluer le caractère exceptionnel de ce site et la nécessité de le préserver. Un projet éolien, quel que soit son ampleur, à proximité du col de la Bataille est complétement incompatible avec ces enjeux de protection de la biodiversité. Quelques soient les mesures qui seront prises pour limiter l’impact, les pertes seront considérables.